Trois petits mots et le Royaume-Uni s’enflamme

Une du Daily Mail du 31 août 2013

Une du Daily Mail du 31 août 2013

France ? « Our oldest ally« . Trois mots lâchés font l’effet d’une bombe. Après l’échec de l’approbation par la Chambre des Communes de la participation du Royaume-Uni à l’intervention armée en Syrie, l’expression utilisée par le Secrétaire d’Etat des États-Unis John Kerry semble traumatiser outre-Manche.

Voilà que les commentateurs anglais glosent sur la perte du rang du Royaume-Uni, devenu une nation de troisième zone, la France s’y substituerait. Eux, ces « Frogs » qui n’ont pas suivi lorsqu’il fallait aider les États-Unis dans leur guerre irakienne, deux ans après le 11 septembre et sur des fausses preuves. Eux, dont leur manque de loyauté à cette époque a conduit la cantine du Congrès des Etats Unis à rebaptiser les « French Fries » en « Freedom Fries« . Eux, qu’on appelait les « singes capitulateurs bouffeurs de fromage« . Eux, dont le faible atlantisme a marqué la Ve République, seraient en train de prendre la place des anglais dans la special relationship qui les allie avec Washington D.C.

La symbolique est forte évidemment, mais la décision britannique et l’expression de John Kerry signifient-ils un véritable tournant ? On peut sérieusement en douter. La motivation du refus anglais tient en partie au douloureux souvenir de la guerre en Irak et au contexte partisan du Royaume-Uni (le Labor a fait bloc contre la proposition de David Cameron, rejoint par quelques dizaines de conservateurs à un an des élections)… La faible ampleur de la probable intervention syrienne ne devrait pas avoir d’importantes conséquences diplomatiques, d’autant que la France a toujours été un allié turbulent et le président Hollande ne se distingue pas beaucoup en la matière, comme l’a démontré sa volonté de retirer les forces combattantes d’Afghanistan fin 2012. Tandis que les réactions en Grande-Bretagne démontrent le fort attachement aux États-Unis, malgré la réticence à intervenir à leurs côtés une énième fois.

Enfin, rappelons que l’auteur de la sentence qui fait couler beaucoup d’encre, le Secrétaire d’État John Kerry est un francophile convaincu. Contrairement au président Obama qui n’a jamais montré un intérêt particulier pour l’Europe.

Pas de quoi donc publier l’avis de décès de la special relationship américano-britannique.

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