Qu’attendons-nous ? Dissolvons !

Carte de résultats des élections municipales de 2014

Carte de résultats des élections municipales de 2014

Je ne suis pas particulièrement nostalgique de Jean-Marc Ayrault. Mais la nomination de Manuel Valls ne me réjouit pas pour autant par ses positions passées sur la PMA, le rôle de la police dans les quartiers, le voile, les OGM, la TVA sociale, la réforme pénale et j’en passe. Mais ce qui me choque le plus, ce n’est pas Manuel Valls car, même très sceptique, je ne désespère pas d’un discours de politique générale ambitieux. C’est l’attitude du Président de la République suite à la débâcle des municipales qui me consterne.

 

Une vague d’abstentionnistes plus qu’une vague bleue

Les 23 et 30 mars derniers, les français se sont rendus massivement… à d’autres lieux que leur bureau de vote ! Et qu’on ne vienne pas me dire que la France est subitement devenue très à droite. Les résultats montrent que les électeurs de gauche ont voulu sanctionner la politique menée depuis deux ans, faisant tomber des citadelles de la gauche dans l’escarcelle de l’UMP. Certaines villes gérées depuis peu de temps ont été certes reprises par la droite (Reims, Toulouse, St Etienne, etc.) mais Limoges, Nevers, Angers, Chambéry, et bien d’autres sont majoritairement socialistes depuis quarante, cinquante, parfois même cent ans ! A Grenoble, à La Rochelle, dans le 1er arrdt de Lyon, des listes de gauche alternative l’ont emporté à la surprise générale contre le PS. Certaines villes de banlieue rouge sont de nouveau tombées (Vaulx-en-Velin, St Ouen, Pierre-Bénite) aux mains des socialistes ou de l’UMP mais dans d’autres, qui connaissent pourtant le même penchant progressif vers le vote PS, les listes du parti au pouvoir ont été sanctionnées (St Denis, Montreuil, Vénissieux). Le Front National a profité de la multiplication des listes, de l’abstention massive des électeurs de gauche et d’une partie des électeurs qui en ont eu marre de voir leurs espoirs douchés. Les grandes villes sont également concernées. Si Paris résiste (aucune liste FN au second tour), le parti des Le Pen était deuxième à l’issue du premier tour à Marseille et il a pu se maintenir au second tour dans six arrondissements sur neuf à Lyon alors qu’il avait quasiment disparu depuis treize ans !

Pour résumer, il n’y a eu de vague bleue qu’en grande partie du fait de l’abstention. Les résultats comparés 2008-2014 le montrent. En 2008, le total des voix recueillies par les listes de la majorité présidentielle (UMP-NC) et majorité-centristes atteignait environ 4,6 millions de suffrages. En 2014, l’addition des voix des listes Union de la droite (UMP-UDI), UMP et UDI  révèle même en légère baisse (4,5 millions). En 2008, le total des voix de gauche (Union de la gauche, PS, PCF, Les Verts) était de 5,7 millions contre 4,8 en 2014. Seul le FN progresse véritablement, passant de 150 000 voix à plus d’un million, cette augmentation étant également dû au fait que le parti d’extrême droite a quintuplé le nombre de listes qu’il présentait…

Cette analyse non exhaustive des résultats montre qu’il n’y a pas eu lors de ces élections municipales de désir particulier de droite. Il y a eu surtout une absence importante de bulletins de vote d’électeurs de gauche dans les urnes.

 

Face au résultat, faire la sourde oreille

Le nouveau Premier Ministre, Manuel Valls

Le nouveau Premier Ministre, Manuel Valls

Le Président de la République a voulu, il était temps, tirer les leçons du scrutin. Le remaniement, dont on nous parle depuis presque aussi longtemps que le gouvernement Ayrault a été formé, a eu lieu. Mais en voyant le remaniement, on se demande ce qui a pu passer par la tête de François Hollande ! De deux choses l’une : ou bien François Hollande a cru comprendre que la vague bleue signifiait que les électeurs étaient de plus en plus demandeurs d’une politique de droite et dans ce cas là, on se demande si l’Elysée a bien accès aux mêmes chiffres que le Ministère de l’Intérieur (éditeur des résultats). Ou bien François Hollande a considéré que le remaniement était juste bon à occuper les médias quinze jours d’affilée mais à ne rien changer d’autre.

Manuel Valls est un symbole de la droite du Parti Socialiste, c’en est même la personnalité nationale la plus à droite. Le reste du remaniement n’est qu’un jeu de chaises musicales, à la différence près que l’équipe est resserrée (seize ministres de plein exercice contre un peu moins de vingt précédemment) et qu’EELV en sort. Le chef de l’Etat a d’ailleurs confirmé dans son allocution du 31 mars : la politique ne changera pas, malgré son échec évident y compris sur le terrain économique, le Pacte de responsabilité (avec ses 50 milliards d’économies pour l’Etat et de cadeaux pour les entreprises) est maintenu.

L'ancienne ministre à l'égalité des territoires et dirigeante écologiste, Cécile Duflot

L’ancienne ministre à l’égalité des territoires et dirigeante écologiste, Cécile Duflot

Le nouveau duo dirigeant la République a eu beau essayer de garder EELV, les écologistes ont refusé de marcher même si c’est à leurs risques et périls. Ils ont bien compris que les promesses n’engageaient que ceux qui les croyaient (Fessenheim a t-il été fermé ? Les EPR arrêtés ? la taxe carbone appliquée ? Non, tout cela a été reporté !) ; que les arbitrages seraient toujours faits par ceux là mêmes qui ont reculé sur la PMA, les gens du voyage, la réforme pénale, le non-cumul, malgré leurs engagements ; et que la politique générale ne bougerait pas (promettre d’engager la transition énergétique alors que le budget de l’écologie est en baisse, c’est osé !).

Certains détails du remaniement laissent d’ailleurs perplexes. Christiane Taubira, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon sont maintenus voire promus afin de donner des signes à la gauche du Parti socialiste. Mais dans le même temps, les finances sont distinctes de l’économie et c’est Michel Sapin, un proche du président et un artisan de la Loi sur la sécurisation de l’emploi, qui figure parmi les premières œuvres législatives d’orientation libérale du gouvernement Ayrault, à en détenir les manettes, avec une place protocolaire même plus importante que Montebourg (« c’est qui le chef ? »). Benoît Hamon remplace Vincent Peillon à l’éducation qui n’a pourtant pas démérité, entre réforme des rythmes scolaires, recrutement d’enseignants, etc. Ségolène Royal remplace Philippe Martin au développement durable, malgré les positions anti-contribution climat énergie de cette première et le travail de Philippe Martin (issu du courant La gauche durable) à son ministère. Enfin, plus aucun aubryiste (hormis Marylise Lebranchu à la réforme de l’Etat et à la décentralisation) ne fait partie du gouvernement…

 

Persister et signer dans l’erreur

Pierre Moscovici, alors Ministre de l'Economie, aux universités d'été du Medef avec son président, Pierre Gattaz

Pierre Moscovici, alors Ministre de l’Economie, aux universités d’été du Medef avec son président, Pierre Gattaz

Le remaniement a eu une autre conséquence, celle-ci assez louable, la sortie du gouvernement de Pierre Moscovici. Le dirigeant du courant « Besoin de gauche » a montré à la tête de Bercy qu’il avait surtout besoin de libéralisme. Promoteur de l’inutile crédit d’impôt compétitivité emploi et du futur Pacte de responsabilité, il s’est également illustré par sa réforme très timide des activités bancaires, par ses liens avec le Medef et par son combat contre la réforme autrement plus ambitieuse de la Commission européenne (menée par un ancien Ministre UMP, Michel Barnier) et contre la Taxe sur les transactions financières. Malheureusement, celui-ci se serait vu promettre, en dédommagement, une place de Commissaire européen après les élections !
Le Président de la République n’aurait-il donc pas du tout compris ce que signifiait les municipales ? Alors que le PS s’est pris une claque monumentale lors de ces élections, que le FN et les populistes de tout poil risquent de faire une entrée fracassante au Parlement européen et arriveront peut être même en tête en France, et que le PS fait ouvertement campagne pour une réorientation de l’Europe, deux mois avant le scrutin, on nous annonce la nomination à venir de Moscovici à Bruxelles… On pourrait presque se demander si Hollande veut rentrer dans l’Histoire comme celui qui aura précipiter le PS au plus bas résultat électoral de son histoire !

 

Les députés rappellent des vérités qui fâchent ? Dissolvons !

Suite à l’annonce de la nomination de Manuel Valls comme Premier ministre, un certain nombre de parlementaires se sont exprimés individuellement sur ce qu’ils considéraient comme une erreur et faisant part de leurs doutes au point qu’ils songeaient à ne pas voter la confiance au gouvernement. Pour ramener au calme les députés, il y a eu certes des nominations-promotions accomodantes, mais également une menace : dissoudre l’Assemblée nationale

Bancs vides de l'Assemblée nationale

Bancs vides de l’Assemblée nationale

Le droit de dissolution est une prérogative du Président de la République, provoquant de nouvelles élections législatives dans les semaines suivant son exercice. Déjà, une telle menace est hallucinante de la part de celui qui a longuement promis de revaloriser le rôle du Parlement. Au moment où justement le Parlement se révolterait contre le caporalisme et l’absence de changement de politique économique en réaffirmant son existence, le Président prononcerait la dissolution. A n’en pas douter, le résultat à court-terme serait désastreux pour les socialistes et l’UMP reviendrait au pouvoir. On pourrait se dire que ce serait une bonne leçon donnée par Hollande aux frondeurs qui perdraient leurs sièges et un espoir de réélection quand l’UMP se cassera de nouveau les dents au pouvoir. Mais est-ce si sûr ?

La reprise est timide et fragile, je ne me hasarderais donc pas à donner des pronostics sur les bénéfices politiques d’un éventuel retour à la croissance. Mais restons au contraire sur le plan politique. Que signifierait une dissolution ? Si le vote de confiance est refusé à Manuel Valls, du fait de députés socialistes, François Hollande aura beau dissoudre, il ne résoudrait pas le problème politique. Le PS serait totalement désorganisé en cas d’élections législatives à l’improviste, surtout si cela est du fait d’une fronde en interne. La petite centaine de députés qui réussirait à se faire réélire n’est pas forcément celle qui serait favorable à François Hollande. Et il ne suffirait pas de trois ans pour réparer les dégâts du séisme provoqué par un président de la République issu du Parti socialiste d’une Assemblée nationale majoritairement socialiste  à cause de la défiance d’un Premier ministre socialiste. Les erreurs de la droite arriveront tout juste à ressouder momentanément les rangs mais ce ne sera pas suffisant. Gageons également que le FN en profitera pour réinvestir l’Assemblée et constituer un groupe parlementaire, lui donnant une tribune idéale. Quelque soit le Premier ministre UMP, il y aura évidemment des rivalités prononcées entre Copé – Fillon – Juppé – Sarkozy mais cela suffira t-il à faire réélire François Hollande ? Ne pâtira t-il pas de l’incendie qu’il aura lui même allumé à gauche ? Du fait qu’il aura été l’un des Présidents les plus impopulaires de la Ve République ? D’une absence de résultats des politiques menées par le gouvernement qui lui était proche ? Et même s’il est réélu, il est peu probable qu’il dispose de nouveau d’une majorité au Parlement.

Tout ça pour dire : qu’ils dissolvent et le retour du boomerang risquerait d’être fatal ! Ou alors, qu’ils écoutent un peu moins Pascal Lamy et un peu plus le résultat des urnes.

 

[Près d’une centaine de députés, issus de courants divers comme Un Monde d’Avance (tendance Hamon), Maintenant La Gauche (Jérôme Guedj), La Gauche Populaire (Laurent Baumel), La Gauche Durable (Christian Paul) ont finalement signé une lettre demandant un nouveau contrat de majorité.]

Publicités