Chroniques de Stanford : Acte 1, Scène 2 – San Francisco et des rencontres

6 juillet 2015 –

J’espace un peu les chroniques, ne m’en veuillez pas, le travail d’abord et, hormis cela, j’ai eu fort à faire depuis trois jours !

Vendredi, après vous avoir envoyé ma dernière chronique, petite déception : la bibliothèque de droit était fermée pour cause de veille de fête nationale. Encore une fois, que fait Emmanuel Macron ?! Finalement, je me suis installé sur le parvis où sont installées chaises, tables et parasols pour travailler tranquillement sous le beau temps. L’après-midi, je me suis occupé de problèmes avec ma banque, bref pas grand chose d’intéressant à se mettre sous la dent.

San Francisco

San Francisco

Samedi, j’ai rencontré un groupe de jeunes avec lesquels on s’était donné rendez-vous pour passer l’après midi à San Francisco et avec qui j’avais pris contact grâce aux réseaux sociaux. Tous étudiants, soit en stage, soit en summer school à Stanford, nous étions quatre français (enfin dont une Belge mais qui a fait toute sa scolarité en France) : Nicolas et Thibault, deux étudiants de HEC, Clémence, étudiante à Pierre et Marie Curie, et moi. Avec nous, Dominik, autrichien, Jan, allemand, et du côté américain, Natalie, étudiante de Pennsylvanie, Brittany, étudiante infirmière dans le Grand État de l’Ohio, et Hans (dont je crois qu’il est de Californie mais j’ai un doute).
Direction San Francisco pour cette journée de fête nationale, ce 4 juillet marquant le jour de l’Independence Day, anniversaire de la déclaration d’indépendance des Etats-Unis. Je m’étais préparé à quelque chose de grandiose et bien finalement j’ai été assez déçu !

Foule lors de l'Independence Day

Foule lors de l’Independence Day

Assez peu de monde habillé aux couleurs nationales (qui sont les mêmes que pour la France) dans les rues de San Francisco, il y avait pas mal d’activité sur le quai mais ce n’est pas très surprenant vu que c’était un jour férié et que la soirée se clôturait par des feux d’artifice. Il y avait bien ça et là des concerts organisés mais rien de grandiose. On a pu assister d’artifices tiré dans la baie de San Francisco, sympas mais je m’attendais ce jour là à entendre au moins une fois chanter l’hymne national. Même pas ! Mais où est passé le légendaire patriotisme américain ?! 🙂 Le beau temps nous a permis en tous cas de longer les quais donnant sur la baie de San Francisco, toujours pas le Golden Gate Bridge en revanche. Sur le chemin du retour, après avoir perdu la moitié du groupe, on a arpenté les rues franciscaines pour reprendre notre train, aux maisons typiques du style victorien, grimpant quelques unes des nombreuses collines de la ville.

Une des piscines du campus

Une des piscines du campus

Dimanche, retrouvailles avec Dominik, Clémence et Brittany sur une des deux piscines du campus avant d’aller manger le soir à Palo Alto avec d’autres. J’y ai fait entre autres la connaissance de Jackie, de Chicago, la première étudiante en sciences sociales (hormis mes compatriotes de HEC) que je rencontre. Plutôt interdisciplinaire, elle a néanmoins une préférence pour la psychologie et voudrait écrire sa thèse de doctorat sur l’effet Placebo. On a pu parler un peu économie et engagement étudiant, étant engagée pour une divestment policy, c’est à dire pour forcer les universités à se désengager du financement (via les fonds de placement ou les investissements immobilier) des énergies fossiles. Elle m’a appris aussi que toutes les premières années de l’University of Illinois avaient des cours de viol, c’est à dire des cours obligatoires d’éducation sexuelle niveau université bien entendu. Il faut dire que les violences et agressions sexuelles comme le consentement préalable aux relations sexuelles (qu’est-ce que le consentement, la règle doit elle être No means no ou plutôt yes means yes, y a t-il un consentement corporel, let’s do it peut il être considéré comme un consentement, etc.) sont un énorme sujet de débat universitaire aux États-Unis dont la presse se fait régulièrement le relais. Bref, une discussion courte mais intéressante pour ouvrir un peu nos esprits sur ce qui se fait ailleurs que chez nous.

Aujourd’hui, c’est bibliothèque toute la journée, c’est immense, vide et les sièges sont très confortables. Bon, il fait un peu frais aussi, je pense que je vais aller chercher mon pull ou acheter un sweat.

See you !

Chroniques de Stanford : Acte 1, Scène 1 – (Premières) premières fois

3 juillet – What’s up ?

Deuxième journée dans la Baie de San Francisco, après le prologue d’hier. Ce billet ne contient aucune information croustifondante malgré ce que le titre pourrait laisser supposer, désolé pour les déçus ! 🙂

Bon déjà, un événement que j’ai oublié de narrer dans mon précédent envoi : ma rencontre avec mon colocataire ! Matt est plus grand que moi, blond, sympa et accueillant et dévore du beurre de cacahuètes comme la majeure partie de la population étatsunienne. Il finit cet été son Master d’Engineering avant de rentrer en MBA l’an prochain, toujours à Stanford. Il a 27 ans et a repris ses études l’année dernière, il bosse en parallèle (je me souviens plus où). Malgré la très bonne situation de l’emploi aux Etats-Unis ces derniers temps (5,3% de chômage, même si ça inclut un nombre très important d’emplois précaires et mal payés), il n’avait pas l’air pour autant très assuré de l’avenir. Un peu le reflet de la société US qui malgré une croissance forte et un chômage qui s’effondre n’est toujours pas convaincu par la reprise. Pour un français, ça a quoi étonner !

Sur le campus

Sur le campus

Après la traversée d’avant-hier, j’ai enfin visité le campus. Enfin, par visiter, j’entends m’enfoncer dans ses profondeurs, même s’il existe des visites organisées pour les touristes. Avec le soleil, ça a de quoi faire pâlir ! Un campus gigantesque et vraiment magnifique. Et ici, malgré la sécheresse quasi-permanente, la végétation a droit de cité ! Je ferais d’ailleurs peut être un point jardin dans une prochaine chronique pour les amoureuses et amoureux des fleufleurs 🙂

Cette visite fut permise car j’avais un rendez-vous avec le directeur du programme qui m’a invité à Stanford. Heureusement que je suis parti bien en avance, car je me suis perdu dans le campus et

Un des bâtiments de la Law School

Un des bâtiments de la Law School

dans la fac de droit (Law School). Très moderne et vaste, là encore, ça a de quoi rendre jaloux un européen. Sur les trois étages du bâtiment consacré à l’administration et à la bibliothèque, un étage entier est réservé aux bureaux et à l’open space des profs, des chercheurs et de leurs centres de recherche. Je n’ai pas osé faire de photo mais si je vaincs ma timidité, j’en posterais !
Le prof m’avait oublié, il semble assez overbooké, mais a été très sympa. Alors qu’en Europe, il aurait sans douté été en costume cravate, là c’était polo et jean avec un gros sac à dos. Il m’a fait visiter les lieux, présenté à plusieurs personnes de l’administration pour obtenir les accès à la bibliothèque et aux services numériques. Il m’a aussi suggéré de venir travailler à l’étage des chercheurs voire de réquisitionner un bureau vide si je préférais une atmosphère moins formelle que celle de la bibliothèque. Puis de me parler de son épouse, française et chercheuse en littérature (Dumas et un écrivain dont j’ai oublié le nom) qu’il a rencontré à Stanford.

Puis, après ça, j’ai fait mes premières courses, encore timides. Déjà je suis allé au bookstore du campus : premier étage occupé par les vêtements et produits dérivés de l’université, des ballons de football (américain) aux traditionnels sweat-shirt en passant par le mug, les boutons de manchette, la planche à couper, le t-shirt « père/mère/grand parent d’étudiant de Stanford », les magnets, la protection d’iPad, etc. Deuxième étage plus modeste pour la librairie. J’aurais attendu plus pour une librairie universitaire couvrant la grande partie des disciplines scientifiques. A peine une rangée pour le droit, un rayon entier pour les young adults… Mais petite satisfaction : l’histoire populaire des États-Unis de l’historien socialiste Howard Zinn figurait en bonne place ! Le sous-sol était lui réservé aux « matériels de cours » mais je n’y suis pas descendu.

A San Francisco

A San Francisco

Puis, à Palo Alto, je suis allé à Walgreens, une sorte de supermarché où la nourriture n’occupe que le tiers de la surface commerciale. Ne sachant pas trop bien quoi faire, étant donné le peu d’équipement de la cuisine de mon appartement, je me suis contenté d’acheter de barres de céréales et de fruits qui alimenteront mon petit déjeuner. Je pense avoir trouver une vraie épicerie plus près de chez moi mais c’était fermé quand je suis passé devant. J’ai aussi acheté une carte mensuelle de trains régionaux (Caltrain) pour près de 180$…

Dans le Financial District

Dans le Financial District

Enfin, après une petite sieste pour me remettre de mes longs kilomètres de marche, première virée à San Francisco pour aller manger avec un ami lyonnais qui y était en touriste jusqu’à aujourd’hui. Je confirme le fameux micro-climat : à peine rentré dans la péninsule que le brouillard masque déjà le ciel. Je ne suis pas allé voir le Golden Gate Bridge, même si je l’ai aperçu au loin de nuit grâce aux ampoules fixées sur ses suspensions. Je me suis contenté pour cette première fois de marcher dans SoMa (South of Market) et le Financial District. Après ce premier aperçu et en comparaison avec New York, San Francisco n’a rien à voir ! Hormis dans le financial district, la plupart des bâtiments sont ou bien aussi grands que nos immeubles, ou même tout à fait petits, à deux ou trois étages. Ce qui rend la ville finalement assez humaine. Il y a même des voies de la taille de voies automobiles réservées aux vélos. En revanche, ça grimpe, hein ! Je m’arrêterai là, on verra ce que donnent les prochaines virées.

Dans la série des premières fois, aujourd’hui va marquer mon premier jour complet à la bibliothèque de la Law School, on n’est pas là pour s’amuser non plus !

Next report après ce week-end d’Independence Day !

Chroniques de Stanford : Prologue – L’arrivée

2 juillet 2015 – Il est plus de 10h, heure de San Francisco au moment où j’écris. Je suis levé depuis à peu près de trois heures et je ne suis pas encore sorti, il faut dire que pour ce deuxième jour le temps est maussade. Pour ce premier compte-rendu de mes aventures, il va surtout être question d’aéroport et de découverte des environs.

Gros stress avant le départ, deux jours à Lyon c’est court comme intermédiaire entre Vienne et mon départ pour la « West Coast » (wesh wesh).

12 heures en avion, c’est long, même en A380 ! Je me suis envolé à 7h de Lyon pour arriver à 8h à Paris, correspondance à 10h40 (en fait, on s’est envolé à 11h15) pour l’aéroport international de San Francisco. Dans l’attente, j’ai acheté deux adaptateurs. Étant donné qu’il s’agissait d’un vol international, direction la zone internationale de Charles de Gaulle. Immense complexe où toutes les marques de luxe ont leurs boutiques (venez, venez dépenser votre argent chez nous), auquel on accède après une immense queue à la Police aux frontières (PAF) ou si on a un passeport électronique, sans attente, via Parafe, le système automatisé (vive les empreintes digitales !).

La glace brisée du Groënland

La glace brisée du Groënland

Avion énorme qui peut contenir plus de 500 passagers… Finalement, on s’envole. La Terre étant ronde, et pour éviter les courants contraires, la route la plus rapide de Paris à la Californie passe par… le Groënland, c’est là qu’on peut voir les dégâts du réchauffement climatique : la glace brisée voire à la dérive sur des centaines de kilomètres… =( Je n’ai pu dormir que trois heures et, à vrai dire, je ne me sentais pas très bien en sortant.

Arrivée à San Francisco International Airport (photo 5) à 13h (donc 22h, heure de Paris) là bas. Consigne très stricte : ne pas utiliser son téléphone avant d’avoir passer la PAF US et la douane.  Queue assez longue pour la police aux frontières. Les citoyens français étant crédités de l’exemption de visa (VWP), il me suffisait de demander à l’avance une autorisation électronique ESTA pour rentrer sur le territoire des Etats-Unis. Mais, la présomption légale étant que chaque entrant est candidat à l’immigration, il faut démontrer au policier que le séjour n’excède pas 90 jours et que la visite est d’ordre touristique ou pour les affaires. Je rentrais dans le second cadre en l’occurrence. Un peu de stress puis c’est passé comme une lettre à la poste : « vous êtes étudiant en droit ? », « dans quelle discipline ? ». Il a eu l’air convaincu par mes explications puisqu’il m’a laissé rentré « have a nice stay, Nathan ! ». Puis 20mn pour atteindre les bagages et enfin la douane, sans problème.
L'entrée de la résidence étudiante

L’entrée de la résidence étudiante

Après m’être rendu compte que les transports en commun ne desservaient pas directement Stanford sans une correspondance pour laquelle j’aurais dû marcher avec mes bagages trois kilomètres pour aller d’une gare à l’autre, j’ai finalement pris un taxi. Même à 14h30, autoroute presque bouchée, explication du chauffeur « les gens sortent du boulot », que fait Emmanuel Macron ?! Arrivée sur le campus, après enregistrement au bureau de la résidence étudiante, je découvre ma chambre assez spartiate (mais très chère, faut pas déc !).

Puis après avoir déposé mes affaires, traversée du campus (photos 7 et 8) pour me rendre à Palo Alto, ma résidence étant à peu moins de trois kilomètres de là. C’est marrant, on y entend parler anglais bien sûr mais aussi russe, arabe, japonais (enfin je suppose), etc. Et des gens de toutes origines, des familles aussi qui viennent visiter le campus, c’est assez sympa. Les étudiants sont le plus souvent à vélo, des navettes (électriques) desservent aussi les différentes facultés, bibliothèques, bâtiments, etc., sinon les voitures peuplent les très nombreux parkings du campus. A Palo Alto, je parcours l’University Avenue, une grande artère commerçante où se succèdent les restaurants, boulangeries et autres fast foods, la plupart assez chics). Pour ne pas changer les bonnes vieilles habitudes, je me suis pris un pain au chocolat (chocolate croissant) et une limonade à une boulangerie appelée « La Boulange » hihi.

Une maison sur le chemin du retour entre ma résidence et California Avenue

Une maison sur le chemin du retour entre ma résidence et California Avenue

Puis, j’ai pris une sorte de TER pour me rendre à une ville un peu plus au nord, Millbrae. Les trains représentent un peu l’intérêt porté par les transports en commun aux Etats-Unis : la plupart sont vieux et peuvent par certains aspects ressembler à des wagons à bestiaux. Puis retour à Stanford via la California Avenue jusqu’à ma résidence pour aller enfin piquer un somme (réparateur) !

En gros, mon aperçu de la Californie se résume pour le moment à Desperate Housewives sur un campus dans une atmosphère hispanique.

A bientôt pour de nouvelles aventures !

Sept ans après Lehman Brothers, les premiers reflux de la régulation financière

Depuis la crise des subprimes et l’énorme tempête financière et économique dont les conséquences se font toujours sentir, la régulation financière a figuré en haut de l’agenda politique international. En effet, la crise financière est souvent attribuée au lent mais progressif mouvement de dé-régulation de la finance depuis la fin du système de change monétaire instauré par les accords de Bretton-Woods (M. Sève, La régulation financière face à la crise, Bruylant, 2013). Le G20 a fait de la question une priorité dès la fin 2008. Les États-Unis et l’Europe en première ligne ont adopté des catalogues de mesures visant à resserrer les boulons des marchés financiers. En 2010, le Congrès des États-Unis (encore à majorité démocrate) a adopté le très imposant Loi de réforme de Wall Street et de protection des consommateurs plus connu sous le nom de Dodd-Frank Act. De leurs côtés, plusieurs États européens ont adopté leurs propres réformes mais, surtout, la Commission européenne a soumis entre 2009 et 2014 pas moins de quarante propositions de réformes à l’adoption du Parlement européen et du Conseil de l’Union européenne, certaines étant encore en cours d’examen.

Des deux côtés de l’Atlantique, on admet d’ailleurs que le travail n’est pas achevé. Le Parlement européen est encore demandeur de certains textes comme sur la garantie européenne des dépôts, comme l’ont rappelé en octobre dernier certains eurodéputés lors de l’audition du Commissaire désigné aux services financiers, Lord Jonathan Hill (cf. encadré ci-dessous). Le Dodd-Frank Act quant à lui est si dense que beaucoup de mesures d’application n’ont pas encore pu être prises et le mouvement s’est encore ralenti après que les républicains se soient emparé de la House of Representatives en 2011.

Du fait de l’absence de reprise économique et de l’essoufflement du mouvement régulateur, on assiste à l’émergence d’un nouveau mouvement depuis près d’un an. Il se manifeste par le reflux de la cause de la régulation des marchés financiers, voire l’adoption de certaines mesures de dérégulation.

Signature du Dodd-Frank Act par le Président Obama

Signature du Dodd-Frank Act par le Président Obama

Espérant détricoter l’héritage des premières années d’Obama, la régulation financière est la prochaine cible majeure des lobbys et des républicains états-uniens. Tirant les leçons des échecs contre l’Obamacare (sous réserve de la décision King v. Burwell à venir de la US Supreme Court), leur stratégie est désormais de défaire une à une les mesures de la réforme par des cavaliers législatifs, c’est à dire des dispositions sans rapport direct avec le texte de loi dans lequel ils sont inclus. Ce fut le cas dans le dernier accord bipartisan de budget US pour éviter le Shutdown (c’est à dire la fermeture des administrations, faute d’argent) portant sur 1 100 milliards de dollars. Un article du projet revient ainsi sur la réglementation des dérivés financiers. Cette disposition rétablit tout particulièrement la possibilité pour les banques d’utiliser l’argent des dépôts et garanties pour vendre sur les marchés des titres financiers dérivés de ces dépôts et garanties. Cette faculté avait conduit à une bulle spéculative sur les crédits immobiliers, conduisant à la crise des subprimes. Soupçonné d’avoir été écrit directement par Citigroup, cet article n’a pu être efficacement combattu, faute de temps, et l’industrie financière a pu s’offrir une première victoire. Ne subissant plus la disqualification qui fut la sienne en 2010, elle a battu de nouveaux records en dépensant 1,2 milliards de dollars en lobbying et financement politique pour arracher ce triomphe. Un mois plus tard, nouvelle offensive avec le vote d’une nouvelle disposition, restreignant le pouvoir régulateur de l’ensemble des agences fédérales, par le renforcement des critères d’intervention et facilitant le recours à la justice, ralentissant l’application du Dodd Frank Act en particulier.  Après que les Républicains aient emporté le Sénat, le mouvement risque de s’amplifier et il sera difficile pour Obama d’opposer son veto à des projets de loi nécessaires dans leur ensemble mais destructeurs dans certains détails.

Ce côté de l’Atlantique n’est pas en reste même si les lobbys n’y bénéficient pas des mêmes facilités et pour le moment, il ne s’agit pas encore de mesures votées mais d’intentions affichées par l’exécutif européen. Pour relancer l’économie du continent, encore empêtrée dans la crise, la nouvelle Commission européenne a fait le vœu d’utiliser chaque levier existant à cette fin. Parmi ces leviers, elle identifia la création d’une «Union des marchés de capitaux». A la différence à leurs consœurs états-uniennes, les entreprises européennes ne profitent en effet pas d’un accès au financement des marchés. Pour financer leurs projets, elles passent encore à 75% par l’intermédiaire des banques. Or, ces banques, fragilisées par la crise, devant encore renflouer leurs caisses pour ne pas avoir à faire payer les contribuables en cas de nouvelle crise, rechignent encore à prêter alors que les perspectives économiques ne se sont pas notablement améliorées. Les entreprises peinent donc à se financer, un cercle vicieux de stagnation s’enclenche. Parallèlement, les marchés financiers, moins affectés structurellement, tournent de nouveau à plein régime et un véritable vivier de financement, jusque là inexploité, s’y trouve. La Commission souhaite ainsi pouvoir mettre en relation les entreprises avec les marchés ce qui, en soi, n’est pas une si mauvaise idée.

Jonathan Hill, Commissaire européen des services financiers

Jonathan Hill, Commissaire européen des services financiers

Néanmoins l’annonce de cette proposition s’est accompagnée de certains commentaires troublants de la part du Commissaire européen aux services financiers, Jonathan Hill. Alors que l’unification des marchés de capitaux, des modalités d’accès et des incitations à y recourir auraient suffi, celui-ci a notamment fait part du projet de réduire le montant des réserves obligatoires dont les banques doivent disposer et de leur possibilité de recourir à des dérivés financiers, proches mais «plus sûrs» que les fameux subprimes. Se gardant de vouloir revenir «aux mauvaises pratiques» passées, l’initiative n’en est pas moins surprenante, et n’a jusque là pas fait beaucoup parler d’elle. Dans sa première interview à un journal allemand, il a également expliqué vouloir évaluer l’ensemble des réformes adoptées depuis cinq ans «à l’aune de la croissance et de l’emploi». Ce qui n’est pas de très bon augure : une déréglementation fournirait peut être plus de croissance à l’instant t mais à long terme, les perspectives sont beaucoup plus risquées, la crise de 2008 l’a montré.

Lord Jonathan Hill fut nommé en octobre dernier Commissaire européen aux services financiers. Précédemment président de la Chambre des Lords, il avait suscité la polémique pour (assez paradoxalement) être réputé inexpérimenté en la matière mais avoir dirigé un cabinet de relations publiques dont certains acteurs de la City de Londres avaient été clients. Il fut néanmoins confirmé à cette fonction par les eurodéputés après deux auditions assez houleuses. Hill niant être sensible au lobby financier et, sans pour autant lancer de nouvelles initiatives avant d’avoir évaluer celles lancées depuis la crise, y avait déclaré vouloir prolonger l’action de son prédécesseur, Michel Barnier, lequel fut un acteur essentiel du mouvement de régulation financière européen.

L’armée européenne, la grande idée qui sauvera l’UE ?

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a annoncé en début de semaine être favorable à la création d’une «armée commune» à l’Union européenne, dans une interview au quotidien allemand conservateur Die Welt. L’objectif, après plus d’un an de crise ukrainienne, est de montrer que l’Union européenne saura réagir pour défendre ses intérêts et réagir aux menaces sur la paix dans les pays-membres comme dans les pays voisins. Il faut pour le président de la Commission «montrer que nous sommes sérieux sur la défense des valeurs européennes.» Une armée européenne non pas pour concurrencer l’OTAN mais pour renforcer l’UE, tout en résolvant les questions de politique étrangère et de défense par une intense coopération des États-membres.

Affiche de promotion de la Communauté européenne de défense dans les années 50

Affiche de promotion de la Communauté européenne de défense dans les années 50

L’idée est lancée, et il ne s’agit que de cela. Pas question d’en dire trop sur ce qui est un pas révolutionnaire, un grand bond en avant, que propose M. Juncker, alors que la Grande-Bretagne, divisée sur la question de quitter ou non la zone euro, a toujours été fermement opposée à une armée commune (comme à toute autre avancée qui s’éloigne un tant soit peu de son souhait de l’Europe résumée à une zone de libre-échange). Cette idée a aussi déjà ses détracteurs. Les souverainistes de droite comme de gauche rivalisent de fantasmes pour crier déjà à la dictature militaire et caricaturer une idée dont les contours ne sont pas même fixés. On se croirait soixante ans en arrière, quand le rejet par l’Assemblée nationale en 1954 de la Communauté européenne de défense était motivé par la peur qu’elle «ressuscite la Wehrmacht». Pour un peu, ils prendraient la défense de l’OTAN.

Le processus d’intégration européenne bloqué, l’euroscepticisme battant des records et la Grèce comme le Royaume-Uni étant potentiellement à un pas de quitter l’Union européenne pour des motifs diamétralement opposés, cette idée pourrait pourtant donner un bol d’air à des opinions publiques anxieuses et affectées par la crise économique due aux politiques égoïstes des États-membres.

Une armée européenne, c’est restaurer la solidarité européenne presque enterrée, c’est rétablir une Europe des idées et des projets plutôt que des comptables, c’est fondre dans le marbre fédéral des États qui ont appris à ne plus se parler et qui ne réagissent plus aux menaces d’éclatement et de nationalismes.

Comparatif des budgets de défense par pays (source : Courrier international).

Comparatif des budgets de défense par pays (source : Courrier international).

Pour les Français, malgré ce que pourra dire l’extrême-droite, l’armée européenne serait une bonne chose. En effet, la France est aujourd’hui presque le seul État-membre à mettre en œuvre la politique européenne embryonnaire en matière d’affaires étrangères. Mali, Syrie, République Centrafricaine, combats contre Daech : la France est presque systématiquement la seule du continent à agir militairement contre des forces qui menacent l’Europe entière. L’UE sera mise devant ses responsabilités plutôt que de laisser bien confortablement un ou deux de ses États-membres agir seuls à leurs risques et périls et sans y contribuer d’aucune façon. Alors que la Russie et la Chine (ré)arment et que les conflits se multiplient, l ‘austérité généralisée a eu pour conséquence de réduire à peau de chagrin les forces armées d’Europe. A tel point, que pour effectuer des manœuvres, la Bundeswehr allemande en est réduite à utiliser des armements en bois, quand la France est obligée de redoubler d’imagination pour conserver tant bien que mal un budget militaire intact. Cette avancée est d’autant plus nécessaire que les avancées scientifiques nécessitent des investissements croissants dans les armes nouvelles pour se protéger des attaques électroniques, du cyber-espionnage et des autres menaces technologiques.

Défilé de l'Armée populaire de libération (Chine)

Défilé de l’Armée populaire de libération (Chine)

Les questions de défense sont un exemple de plus de l’intérêt du supranationalisme face à la désuétude des États-nations en ce XXIe siècle. A part les grandes puissances que sont la Chine, la Russie et les États-Unis, très peu d’États ont les moyens de conserver un budget suffisant pour assurer leur défense et protéger leurs intérêts. Comme en affaires étrangères ou sur le plan économique, l’impuissance et l’absence d’influence caractérisent les petits États veillant jalousement sur une indépendance obsolète et fictive. A ce titre, l’UE, forte de 500 millions d’habitants et première puissance économique au monde, est, quoiqu’en dise le Front National, beaucoup mieux armée pour faire face aux défis de notre ère que la France.

Soldats de la brigade franco-allemande défilant sur les Champs Elysées

Soldats de la brigade franco-allemande défilant sur les Champs Elysées

L’idée d’une armée européenne pose néanmoins plus de questions qu’elle n’en répond. Armée professionnelle ou non ? Service militaire européen ou non ? Une seule armée fusionnée ou une multitude d’armées nationales sous un même commandement ? Quels objectifs : strictement d’actions extérieurs ou également d’opérations intérieures (humanitaire, etc.) ? Qui prendra les décisions d’intervention ? A armée européenne, politique européenne des affaires étrangères ? Quel budget et quel modes de financement ? Quels garde-fous ?

En tout état de cause, c’est un de ces grands débats dont l’UE a besoin aujourd’hui pour sortir de sa léthargie suicidaire et remettre au cœur du projet européen la solidarité.

Qu’attendons-nous ? Dissolvons !

Carte de résultats des élections municipales de 2014

Carte de résultats des élections municipales de 2014

Je ne suis pas particulièrement nostalgique de Jean-Marc Ayrault. Mais la nomination de Manuel Valls ne me réjouit pas pour autant par ses positions passées sur la PMA, le rôle de la police dans les quartiers, le voile, les OGM, la TVA sociale, la réforme pénale et j’en passe. Mais ce qui me choque le plus, ce n’est pas Manuel Valls car, même très sceptique, je ne désespère pas d’un discours de politique générale ambitieux. C’est l’attitude du Président de la République suite à la débâcle des municipales qui me consterne.

 

Une vague d’abstentionnistes plus qu’une vague bleue

Les 23 et 30 mars derniers, les français se sont rendus massivement… à d’autres lieux que leur bureau de vote ! Et qu’on ne vienne pas me dire que la France est subitement devenue très à droite. Les résultats montrent que les électeurs de gauche ont voulu sanctionner la politique menée depuis deux ans, faisant tomber des citadelles de la gauche dans l’escarcelle de l’UMP. Certaines villes gérées depuis peu de temps ont été certes reprises par la droite (Reims, Toulouse, St Etienne, etc.) mais Limoges, Nevers, Angers, Chambéry, et bien d’autres sont majoritairement socialistes depuis quarante, cinquante, parfois même cent ans ! A Grenoble, à La Rochelle, dans le 1er arrdt de Lyon, des listes de gauche alternative l’ont emporté à la surprise générale contre le PS. Certaines villes de banlieue rouge sont de nouveau tombées (Vaulx-en-Velin, St Ouen, Pierre-Bénite) aux mains des socialistes ou de l’UMP mais dans d’autres, qui connaissent pourtant le même penchant progressif vers le vote PS, les listes du parti au pouvoir ont été sanctionnées (St Denis, Montreuil, Vénissieux). Le Front National a profité de la multiplication des listes, de l’abstention massive des électeurs de gauche et d’une partie des électeurs qui en ont eu marre de voir leurs espoirs douchés. Les grandes villes sont également concernées. Si Paris résiste (aucune liste FN au second tour), le parti des Le Pen était deuxième à l’issue du premier tour à Marseille et il a pu se maintenir au second tour dans six arrondissements sur neuf à Lyon alors qu’il avait quasiment disparu depuis treize ans !

Pour résumer, il n’y a eu de vague bleue qu’en grande partie du fait de l’abstention. Les résultats comparés 2008-2014 le montrent. En 2008, le total des voix recueillies par les listes de la majorité présidentielle (UMP-NC) et majorité-centristes atteignait environ 4,6 millions de suffrages. En 2014, l’addition des voix des listes Union de la droite (UMP-UDI), UMP et UDI  révèle même en légère baisse (4,5 millions). En 2008, le total des voix de gauche (Union de la gauche, PS, PCF, Les Verts) était de 5,7 millions contre 4,8 en 2014. Seul le FN progresse véritablement, passant de 150 000 voix à plus d’un million, cette augmentation étant également dû au fait que le parti d’extrême droite a quintuplé le nombre de listes qu’il présentait…

Cette analyse non exhaustive des résultats montre qu’il n’y a pas eu lors de ces élections municipales de désir particulier de droite. Il y a eu surtout une absence importante de bulletins de vote d’électeurs de gauche dans les urnes.

 

Face au résultat, faire la sourde oreille

Le nouveau Premier Ministre, Manuel Valls

Le nouveau Premier Ministre, Manuel Valls

Le Président de la République a voulu, il était temps, tirer les leçons du scrutin. Le remaniement, dont on nous parle depuis presque aussi longtemps que le gouvernement Ayrault a été formé, a eu lieu. Mais en voyant le remaniement, on se demande ce qui a pu passer par la tête de François Hollande ! De deux choses l’une : ou bien François Hollande a cru comprendre que la vague bleue signifiait que les électeurs étaient de plus en plus demandeurs d’une politique de droite et dans ce cas là, on se demande si l’Elysée a bien accès aux mêmes chiffres que le Ministère de l’Intérieur (éditeur des résultats). Ou bien François Hollande a considéré que le remaniement était juste bon à occuper les médias quinze jours d’affilée mais à ne rien changer d’autre.

Manuel Valls est un symbole de la droite du Parti Socialiste, c’en est même la personnalité nationale la plus à droite. Le reste du remaniement n’est qu’un jeu de chaises musicales, à la différence près que l’équipe est resserrée (seize ministres de plein exercice contre un peu moins de vingt précédemment) et qu’EELV en sort. Le chef de l’Etat a d’ailleurs confirmé dans son allocution du 31 mars : la politique ne changera pas, malgré son échec évident y compris sur le terrain économique, le Pacte de responsabilité (avec ses 50 milliards d’économies pour l’Etat et de cadeaux pour les entreprises) est maintenu.

L'ancienne ministre à l'égalité des territoires et dirigeante écologiste, Cécile Duflot

L’ancienne ministre à l’égalité des territoires et dirigeante écologiste, Cécile Duflot

Le nouveau duo dirigeant la République a eu beau essayer de garder EELV, les écologistes ont refusé de marcher même si c’est à leurs risques et périls. Ils ont bien compris que les promesses n’engageaient que ceux qui les croyaient (Fessenheim a t-il été fermé ? Les EPR arrêtés ? la taxe carbone appliquée ? Non, tout cela a été reporté !) ; que les arbitrages seraient toujours faits par ceux là mêmes qui ont reculé sur la PMA, les gens du voyage, la réforme pénale, le non-cumul, malgré leurs engagements ; et que la politique générale ne bougerait pas (promettre d’engager la transition énergétique alors que le budget de l’écologie est en baisse, c’est osé !).

Certains détails du remaniement laissent d’ailleurs perplexes. Christiane Taubira, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon sont maintenus voire promus afin de donner des signes à la gauche du Parti socialiste. Mais dans le même temps, les finances sont distinctes de l’économie et c’est Michel Sapin, un proche du président et un artisan de la Loi sur la sécurisation de l’emploi, qui figure parmi les premières œuvres législatives d’orientation libérale du gouvernement Ayrault, à en détenir les manettes, avec une place protocolaire même plus importante que Montebourg (« c’est qui le chef ? »). Benoît Hamon remplace Vincent Peillon à l’éducation qui n’a pourtant pas démérité, entre réforme des rythmes scolaires, recrutement d’enseignants, etc. Ségolène Royal remplace Philippe Martin au développement durable, malgré les positions anti-contribution climat énergie de cette première et le travail de Philippe Martin (issu du courant La gauche durable) à son ministère. Enfin, plus aucun aubryiste (hormis Marylise Lebranchu à la réforme de l’Etat et à la décentralisation) ne fait partie du gouvernement…

 

Persister et signer dans l’erreur

Pierre Moscovici, alors Ministre de l'Economie, aux universités d'été du Medef avec son président, Pierre Gattaz

Pierre Moscovici, alors Ministre de l’Economie, aux universités d’été du Medef avec son président, Pierre Gattaz

Le remaniement a eu une autre conséquence, celle-ci assez louable, la sortie du gouvernement de Pierre Moscovici. Le dirigeant du courant « Besoin de gauche » a montré à la tête de Bercy qu’il avait surtout besoin de libéralisme. Promoteur de l’inutile crédit d’impôt compétitivité emploi et du futur Pacte de responsabilité, il s’est également illustré par sa réforme très timide des activités bancaires, par ses liens avec le Medef et par son combat contre la réforme autrement plus ambitieuse de la Commission européenne (menée par un ancien Ministre UMP, Michel Barnier) et contre la Taxe sur les transactions financières. Malheureusement, celui-ci se serait vu promettre, en dédommagement, une place de Commissaire européen après les élections !
Le Président de la République n’aurait-il donc pas du tout compris ce que signifiait les municipales ? Alors que le PS s’est pris une claque monumentale lors de ces élections, que le FN et les populistes de tout poil risquent de faire une entrée fracassante au Parlement européen et arriveront peut être même en tête en France, et que le PS fait ouvertement campagne pour une réorientation de l’Europe, deux mois avant le scrutin, on nous annonce la nomination à venir de Moscovici à Bruxelles… On pourrait presque se demander si Hollande veut rentrer dans l’Histoire comme celui qui aura précipiter le PS au plus bas résultat électoral de son histoire !

 

Les députés rappellent des vérités qui fâchent ? Dissolvons !

Suite à l’annonce de la nomination de Manuel Valls comme Premier ministre, un certain nombre de parlementaires se sont exprimés individuellement sur ce qu’ils considéraient comme une erreur et faisant part de leurs doutes au point qu’ils songeaient à ne pas voter la confiance au gouvernement. Pour ramener au calme les députés, il y a eu certes des nominations-promotions accomodantes, mais également une menace : dissoudre l’Assemblée nationale

Bancs vides de l'Assemblée nationale

Bancs vides de l’Assemblée nationale

Le droit de dissolution est une prérogative du Président de la République, provoquant de nouvelles élections législatives dans les semaines suivant son exercice. Déjà, une telle menace est hallucinante de la part de celui qui a longuement promis de revaloriser le rôle du Parlement. Au moment où justement le Parlement se révolterait contre le caporalisme et l’absence de changement de politique économique en réaffirmant son existence, le Président prononcerait la dissolution. A n’en pas douter, le résultat à court-terme serait désastreux pour les socialistes et l’UMP reviendrait au pouvoir. On pourrait se dire que ce serait une bonne leçon donnée par Hollande aux frondeurs qui perdraient leurs sièges et un espoir de réélection quand l’UMP se cassera de nouveau les dents au pouvoir. Mais est-ce si sûr ?

La reprise est timide et fragile, je ne me hasarderais donc pas à donner des pronostics sur les bénéfices politiques d’un éventuel retour à la croissance. Mais restons au contraire sur le plan politique. Que signifierait une dissolution ? Si le vote de confiance est refusé à Manuel Valls, du fait de députés socialistes, François Hollande aura beau dissoudre, il ne résoudrait pas le problème politique. Le PS serait totalement désorganisé en cas d’élections législatives à l’improviste, surtout si cela est du fait d’une fronde en interne. La petite centaine de députés qui réussirait à se faire réélire n’est pas forcément celle qui serait favorable à François Hollande. Et il ne suffirait pas de trois ans pour réparer les dégâts du séisme provoqué par un président de la République issu du Parti socialiste d’une Assemblée nationale majoritairement socialiste  à cause de la défiance d’un Premier ministre socialiste. Les erreurs de la droite arriveront tout juste à ressouder momentanément les rangs mais ce ne sera pas suffisant. Gageons également que le FN en profitera pour réinvestir l’Assemblée et constituer un groupe parlementaire, lui donnant une tribune idéale. Quelque soit le Premier ministre UMP, il y aura évidemment des rivalités prononcées entre Copé – Fillon – Juppé – Sarkozy mais cela suffira t-il à faire réélire François Hollande ? Ne pâtira t-il pas de l’incendie qu’il aura lui même allumé à gauche ? Du fait qu’il aura été l’un des Présidents les plus impopulaires de la Ve République ? D’une absence de résultats des politiques menées par le gouvernement qui lui était proche ? Et même s’il est réélu, il est peu probable qu’il dispose de nouveau d’une majorité au Parlement.

Tout ça pour dire : qu’ils dissolvent et le retour du boomerang risquerait d’être fatal ! Ou alors, qu’ils écoutent un peu moins Pascal Lamy et un peu plus le résultat des urnes.

 

[Près d’une centaine de députés, issus de courants divers comme Un Monde d’Avance (tendance Hamon), Maintenant La Gauche (Jérôme Guedj), La Gauche Populaire (Laurent Baumel), La Gauche Durable (Christian Paul) ont finalement signé une lettre demandant un nouveau contrat de majorité.]

Le 23 mars, je vote Lyon Citoyenne et Solidaire

[Réponses au questionnaire du GRAM (www.npg2014.fr)] Afin de mieux faire connaissance avec nos candidats, nous vous proposons de les découvrir au travers de leurs réponses à un petit questionnaire qui, s’il n’est pas proustien, ne nous éclaire pas moins sur leur parcours personnel, leurs convictions et leurs attentes…

– Nathan, bonjour ! Tu te présentes dans le 2ème arrondissement avec Raphaël Debu comme tête de liste. Est-ce que tu peux nous dire quelques mots sur ton parcours personnel ?

Je suis né à Lyon il y a vingt-deux ans et la seule interruption à ma résidence permanente à Lyon est mon année Erasmus que j’effectue à Hambourg. Je réside dans le 2ème mais j’ai aussi des attaches dans le 7ème, j’ai vécu dans le 3ème et le 6ème, j’ai fait mes années de lycée dans le 5ème et j’ai étudié à la fac dans le 8ème. J’ai donc eu l’occasion de vivre et de connaître la plupart des arrondissements lyonnais. Actuellement inscrit à l’université Jean Moulin, j’étudie le droit de l’Union européenne. J’ai toujours été fortement engagé dans la vie en société : animant des collectifs contre la violence scolaire, fondant un journal lycéen ou plus récemment en exerçant des fonctions de Vice-président étudiant d’Université.


-Tu t’engages aux prochaines municipales sur une liste plurielle ; pourquoi ?

Groupe de réflexion et d'actions métropolitaines

Groupe de réflexion et d’actions métropolitaines

Depuis 2007 je suis militant socialiste et presque depuis aussi longtemps, je considère que les politiques municipales lyonnaises comme la gouvernance ne sont pas en accord avec mes idées. Que ce soit la multiplication des caméras de vidéosurveillance, la timidité si ce n’est la réprobation vis-à-vis du Mariage pour tous, l’inaction contre la montée de l’extrême-droite violente, la vision étriquée de l’écologie, etc. Je suis bien placé pour dire que depuis mes dix ans, Lyon a beaucoup changé, mais j’aimerais que les changements ne soient pas seulement urbains mais concernent aussi le vivre ensemble.

C’est sur ce constat que j’ai participé à la fondation du Groupe de réflexion et d’actions métropolitaines (GRAM) en 2010-2011 aux côtés de Nathalie Perrin-Gilbert et que depuis je me bats pour animer le débat d’idées à l’intérieur de notre agglomération pour montrer qu’une métropole démocratique est possible, qu’on peut placer l’eau en régie publique, que l’éducation doit avoir une place centrale dans nos politiques, et j’en passe.

Pour concrétiser ces idées, il faut animer une alternative citoyenne, écologiste et de gauche lors de ces élections municipales. C’est pour ça que je suis candidat sur les listes Lyon Citoyenne et Solidaire.

-Qu’est-ce que ça veut dire pour toi « être de gauche » aujourd’hui ?

Être de gauche, c’est (re)mettre le vivre ensemble au cœur des politiques publiques. Il s’agit de dire qu’il n’y a pas de fatalité au sentiment de déclassement, à la montée de la haine et au libéralisme économique le plus orthodoxe. Être de gauche, c’est bien sûr se soucier de l’environnement : comment vivre ensemble si nous ne pouvons plus vivre ? L’environnement n’est pas une vague question de réchauffement climatique, les pics de pollution nous démontrent que le laissez-faire peut être dévastateur pour la santé des enfants et des aînés comme des adultes et nous ne serons pas ad vitam aeternam épargnés par les tempêtes qui ravagent nos côtes, dévastent l’Asie et gèlent l’Amérique. Nous vivons toutes et tous sur la même planète qu’il s’agit de protéger si nous voulons nous protéger nous-mêmes.

Donc être de gauche, c’est prendre soin des autres comme de nous-mêmes et ne pas renoncer face à une soi-disant fatalité.

– Comment imagines-tu la ville de Lyon que tu voudrais laisser à tes enfants ou aux générations futures ?

Sans parler (encore) de mes enfants ou des générations futures, j’aimerais déjà pouvoir connaître une ville agréable à vivre et où toutes et tous ont leur place, sans être relégués en banlieue. Une ville où on peut trouver un logement sans avoir à se ruiner. Une ville où la culture n’est pas réservée à de grands événements ou institutions mais soutient également les petites créations et l’art amateur. Une ville qui s’ouvre au monde, pas seulement pour exporter un « modèle », mais aussi pour reconnaître ce qu’il y a de bien ailleurs : régie publique de l’eau à Berlin, péage écologique à Londres, etc. Une ville ouverte aussi dans le sens où on peut circuler partout sans peur d’une agression raciste ou homophobe, dans le sens où elle ne rejette pas les sans-abris et les Roms alors qu’elle a les capacités de les accueillir et de les intégrer sans mettre en péril qui que ce soit. Enfin, une ville sans cesse à l’écoute de ses habitants. Voilà en somme, la ville que je voudrais connaître.

– As-tu des passions, des hobbies, des marottes ?

 Ce n’est pas un hobby mais j’adore étudier, découvrir sans cesse des choses est nécessaire pour satisfaire ma grande curiosité. Sinon j’ai fait de l’escrime mais aujourd’hui je pratique surtout de la natation (d’ailleurs on manque cruellement d’un complexe sportif avec piscine en Presqu’île…) et je suis passionné de théâtre et d’opéra.

– Enfin, pour terminer : si du devais te résumer en un proverbe, un aphorisme, une phrase, quel serait-il ?

 D’habitude, ce serait « L’homme juste produit la justice hors de lui parce qu’il porte la justice en lui. » (Alain)

Mais vu que 2014 ‘célèbre’ le centenaire de son assassinat, je citerais Jean Jaurès : « Les ténèbres de l’ignorance et de la servitude ne vont pas s’effacer par une lueur éclatante et soudaine mais par une longue série d’aurores incertaines. »

Les colistiers "Lyon Citoyenne et Solidaire" du 2ème arrondissement de Lyon

Les colistiers « Lyon Citoyenne et Solidaire » du 2ème arrondissement de Lyon